Pays de cocagne, Pierre Etaix

Publié le 18 Mars 2011

Vous serez certainement plus nombreux à lire cet article qu’il ne s’est trouvé localement de spectateurs à voir le film. Nous n’étions, l’autre mardi, que quatre spectateurs pour assister à l’une des rares projections de Pays de cocagne.

C’est clair : Pierre Etaix ne fait pas recette. C’est pourtant un nom du cinéma français – certes moins illustre que tel ou tel de ses contemporains. On me souffle à l’oreille que le cinéma de Pierre Etaix est vieillot : Pierre était plus qu’il n’est.

Pays de cocagne est un documentaire qui se situe – et pas seulement chronologiquement – entre A propos de Nice de Jean Vigo (1930) et La rosière de Pessac de Jean Eustache (1968 et 1979). Il n’a cependant ni l’audace formelle du premier (Jean Vigo, ce génial précurseur de la Nouvelle Vague) ni l’empathie distinguée du second.

Charles de Gaulle aimait à dire que « les Français sont des veaux ». Pierre Etaix en apporte la démonstration dans Pays de cocagne. Dans ce film tourné durant l’été 1969, Etaix filme sans aménité la France des campings et du Tour de France, la France des radios-crochets et du gros rire qui tâche, bref, la France Dupont-la-joie.

Les paysages qu’un long usage a façonnés s’effacent derrière l’horreur urbanistique des années 60. Les paysages lunaires sont-ils plus sympathiques ? Les premiers pas de l’homme sur la Lune sont accueillis dans l’indifférence estivale des campings. Pierre Etaix interroge et ne rencontre que l’obscène été franchouillard. L’atterrissage est rude pour celui qui incarna un personnage lunaire dans Le soupirant. Mais pour le spectateur aussi. La laideur consumériste a-t-elle tout balayé en l’espace de quelques années ? Maurice Biraud (qui se souvient aujourd’hui de Maurice Biraud ?), debout dans la voiture du directeur de course, est acclamé par les spectateurs du Tour de France.

Par le jeu des cadrages, Pierre Etaix nous montre des vacanciers marchant sur l’eau ou bien encore crucifiés (gros plans sur les pieds tétanisés des participants à un jeu intitulé « mât de cocagne »), mais dont la seule religion est de s’avachir devant la télé ou d’ambitionner une réussite matérielle prête à toutes les compromissions.

 

JLJ

Rédigé par immarcescible

Publié dans #cinéma

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F
<br /> Maurice Biraud : Europe 1, Pif gadget ! Pierre Etaix aurait-il méprisé la jovialité du coco acclamé à l'époque gaullienne ? Je le soupçonnais bien d'un peu de conservatisme...<br /> <br /> <br />
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