Les Femmes du 6e étage, Philippe Le Guay

Publié le 25 Mars 2011

Si vous êtes au 36e dessous, vous pouvez toujours aller voir Les Femmes du 6e étage (mais peut-être pas True grit des frères Coen qui ne vaut vraiment que pour la scène d’ouverture dont la beauté picturale si prometteuse nous découvre à l’extérieur d’une maison faiblement éclairée un cadavre que recouvre partiellement la neige : la suite n’est qu’une traque aussi longue qu’ennuyeuse du meurtrier de cet homme, traque orchestrée par la fille du défunt, a serious woman de 14 ans).

Votre moral durement éprouvé depuis l’annonce de la mort de maître Capello – pour ma part, je ne vois pas d’autre actualité susceptible d’assombrir notre ciel si peu radioactif qu’on ne parle que de lui ou d’encombrer notre paysage électoral comparable à un désert libyen jonché d’épaves militarisées et de débris humains – aura peut-être l’occasion de se remettre d’aplomb grâce à ce nouvel opus de Philippe Le Guay ; je dis peut-être car l’on sentira déjà une certaine réticence, si ce n’est une franche réserve, dans le peu d’empressement que j’ai d’aborder le film. Je pourrais certes n’en pas parler, mais mon plaisir serait plutôt aujourd’hui de le saborder.

Jean-Louis Joubert (Fabrice Luchini), un grand bourgeois dynastique des sixties confit en maniaquerie culinaire, découvre par inadvertance l’existence d’une communauté de bonnes ibériques logée sous les toits de son immeuble haussmannien. Tel l’Alice de Lewis Carroll, JLJ est brutalement transporté dans un monde enchanté qui le rend étranger à tous ceux – épouse, enfants, collaborateurs – qui, assurés de la marche uniforme des choses et de l’ordre éternel des classes sociales, font de leurs certitudes un rempart contre la vraie vie. Ce transport  le rend par contrecoup présent à lui-même (c’est-à-dire à la capacité qu’ont les hommes de s’imaginer une autre vie – et pas seulement de la fantasmer) et aux autres. Il s’éprend, sans vraiment s’en rendre compte (c’est du moins ce que le film veut nous faire croire) de Maria (Natalia Verbeke), jeune et belle soubrette espagnole.

 

Les Femmes du 6e étage

 

Inutile de narrer davantage. Sur un sujet rebattu – la satire des mœurs bourgeoises, les amours ancillaires – Le Guay, si gentil et empathique avec ses personnages, enfile les clichés comme des nouilles sur un collier. Le personnage de Luchini serait inspiré de son père, mais Les Femmes du 6e étage s’apparente surtout à un cadeau de fête des mères.

L’inconvénient de ce film c’est que non seulement son auteur a oublié d’être méchant – sans une dose minimale de méchanceté l’art n’advient pas – mais qu’il promène un regard tranquillement paternaliste sur la domesticité immigrée dont les figures facilement identifiables rassureront le public.

Les Femmes du 6e étage relève davantage de la confiserie (tout est guimauve) que du 7e art. Jean Renoir, auquel Le Guay fait référence (on pense à La règle du jeu, of course, mais aussi à Boudu sauvé des eaux pour la philanthropie paternaliste, voire à Une partie de campagne pour la scène champêtre), savait, lui, être méchant et fantaisiste sans cesser pour autant d’être radicalement humaniste.

 

JLJ

Rédigé par immarcescible

Publié dans #cinéma

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
<br /> On croit rêver...<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> Durant ma courte nuit, j'ai rêvé de JLJ. Il était nu comme un ver et moi très légèrement vêtue. Tandis que je faisais tomber une boite d'allumettes, JLJ se réveillait. Il y avait de la salade et<br /> des cerises entre nous. Mes nuits sont plus belles que mes jours. MARIA.<br /> <br /> <br />
Répondre