Le fanfaron, Dino Risi

Publié le 15 Août 2009

Etre seul dans une grande ville écrasée de soleil un 15 août, c’est mortel. C’est du moins ce que pense Bruno (Vittorio Gassman). Une virée avec un inconnu dans la campagne romaine vaut mieux que tourner en rond et ronger son frein, ce qui n’est vraiment pas le genre de la maison. L’inconnu, c’est Roberto (Jean-Louis Trintignant). Vittorio Gassman est la vedette du film et interprète là le grand rôle de sa carrière. Jean-Louis Trintignant est pour le réalisateur un parfait inconnu avant le début du tournage. Avec ses allures d’étudiant introverti, Trintignant est un parfait faire-valoir pour Gassman (où l’on voit que la perfection n’est pas toujours prise en bonne part). Le réalisateur, c’est Dino Risi, qui réalise là son meilleur film. Peut-être peut-on parler, à propos de ce film, de road-movie-spaghetti (il n’y a pas que les westerns que les réalisateurs italiens des années 60 ont cuisiné à leur façon). Le film, c’est Le fanfaron, sorti sur les écrans en 1962.

 

Rome, un 15 août. Bruno (Vittorio Gassman), la quarantaine, sillonne les rues totalement désertes de la ville éternelle à bord de sa décapotable (une « Aurélia sport super compressée »). Les rideaux de fer des magasins sont tous abaissés. La voiture emprunte un sens interdit, s’arrête un peu plus loin. Bruno en descend et s’approche d’un magasin protégé par une grille de fer au travers de laquelle il passe un bras, essayant de se saisir d’un combiné téléphonique. N’y réussissant pas il reprend sa voiture, s’éloigne du centre-ville et, apercevant une fontaine, s’arrête à nouveau. Il se désaltère puis, relevant la tête, découvre un jeune homme debout à la fenêtre d’un appartement. Le jeune homme, Roberto (Jean-Louis Trintignant), se recule légèrement. Bruno l’interpelle et lui demande de faire un numéro de téléphone. Roberto, embarrassé, invite cependant Bruno à passer lui-même le coup de téléphone. Bruno traverse en toute décontraction la rue et fait irruption dans l’appartement studieux de Roberto. En même temps qu’il décroche le combiné, Bruno inspecte tous les objets se trouvant sur le bureau de Roberto et se livre à des commentaires que lui inspirent aussi bien le manuel de droit civil que la photo encadrée (« Qui c’est cette bonne grosse ? »). Roberto, intimidé, répond qu’il est en quatrième année de droit et que la photo est celle de sa mère. Bruno, ne pouvant joindre une certaine Marcella, raccroche le téléphone et se jette sur le canapé. Il s’essuie les bras sur les accoudoirs. Roberto, légèrement inquiet, lui propose alors d’utiliser la salle de bain. Tandis que Bruno investit la salle de bain, Roberto se remet au travail. L’intrus continue de se comporter en malotru : il chante à tue-tête, renverse une étagère (« qui ne demandait qu’à tomber »). Il rejoint ensuite Roberto, qui est maintenant accoudé à la fenêtre, et auquel il indique que la ville déserte lui fout le cafard. L’étudiant, lui, s’accommode parfaitement bien de ce calme estival : il n’en prépare que mieux ses examens de septembre.

En un tournemain Bruno, qui vient de trouver un compagnon pour la journée, entraîne Roberto hors de son appartement. Malgré ses réticences Roberto est embarqué à bord du cabriolet décapotable. Bruno, faisant corps avec la voiture (« Je ne suis bien qu’en voiture, ça me repose » dira-t-il plus tard), fonce dans les rues désertes, prend à nouveau un sens interdit, se fait siffler par un policier mais ne laisse pas à ce dernier le temps de relever le numéro d’immatriculation. Arrivant à la hauteur d’un piéton il interpelle celui-ci : « Révolte-toi, esclave ! ». Bruno propose à Roberto d’aller manger dans un restaurant de sa connaissance. Ce dernier, toujours aussi réticent à l’idée de poursuivre sa journée flanqué de ce comparse envahissant et imprévisible, ne parvient cependant pas à échapper à l’emprise de Bruno.

 

Le Fanfaron

 

Les deux compères quittent la ville après être passés devant le Vatican. Bruno roule à vive allure, dépasse allègrement et dangereusement voitures et camions, joue lors de chacun de ses dépassements du klaxon musical. Roberto, commentant en voix off la situation : « Je suis entre les mains d’un fou », essaie d’attirer l’attention de Bruno sur la présence de vestiges archéologiques : « Vous savez, tout près d’ici il y a de belles tombes étrusques ». La réponse de Bruno ne laisse planer aucun doute sur l’intérêt qu’il porte aux choses du passé : « Tu sais, les tombes étrusques, je me les mets… » Bruno est entièrement voué aux sensations présentes. Nommer les choses lui permet de les faire exister dans la sensation. La famille romaine entassée dans un side-car, le vieux paysan revenant du marché avec un panier rempli d’œufs, les prêtres parlant latin immobilisés au bord de la route sont des allégories miniatures de l’Italie moderne et traditionnelle. Bruno est un animal que guide son flair. A un carrefour, son flair lui donnera la direction prise par deux allemandes remarquées quelques instants plus tôt mais momentanément perdues de vue.

 

Le Fanfaron

 

Une sensation succédant à l’autre, les allemandes sont vite oubliées. Le dialogue commence à s’établir entre les deux protagonistes. Roberto : « On se croirait en Angleterre. » Bruno : « Pourquoi ? Le paysage ? » Roberto : « Non, on roule toujours à gauche. »

La voiture ralentit et s’arrête. Un camion accidenté a déversé sa cargaison de frigos sur la route. Bruno descend de la voiture et circule parmi les frigos renversés. Il propose au chauffeur du poids lourd de récupérer la marchandise abîmée. Le chauffeur, qui se tient le visage entre les mains, ne dit rien. Bruno s’aperçoit alors que l’accident a fait une victime.

La voiture repart de plus belle. Alors qu’il dépasse un cycliste à la peine, Bruno l’invective : « Paie-toi une vespa ! ». « Moi, dit-il à Roberto, le cyclisme j’ai jamais aimé. C’est pas esthétique. Je préfère le billard. » La conversation reprend. Bruno interroge Roberto sur ses études juridiques – « Ça te sert à quoi ces trucs vieux de 100 ans ? » – et lui suggère d’étudier le droit spatial. Le doute commence à s’installer dans l’esprit de Roberto. A-t-il raison de poursuivre des études juridiques ? Il écarte cependant assez rapidement ses doutes.

Lors d’un arrêt à une station service Roberto reste coincé dans les toilettes. Bruno s’acharne contre le distributeur de cigarettes qui ne fonctionne pas et maudit la mécanisation. Il drague la caissière. Roberto est toujours coincé dans les toilettes. Bruno va le décoincer.

Ils reprennent la route et s’arrêtent bientôt dans une auberge se trouvant dans une zone portuaire. Tandis que Roberto attend qu’on prépare une table, Bruno fait un tour dans les cuisines, goûte aux plats, pince les fesses d’une cuisinière qui le trouve « bien sympathique ». Puis ce dernier, ayant rejoint Roberto dans la salle de restaurant, interroge la serveuse au sujet de la cuisinière. Il prend la main de la serveuse sous le regard réprobateur de Roberto. La discussion porte alors sur les femmes. Roberto, dont on apprend qu’il est attiré par sa voisine à laquelle il n’a cependant parlé qu’une fois, expose sa conception : passer d’abord la licence, se faire une situation, et ensuite… Bruno : « Quel rapport ? Tu sors avec la fille qui te plaît ; vous couchez ensemble ». Il entend une sirène et aussitôt : « Un de ces jours je m’embarque ». Bruno a des vues sur la serveuse à laquelle il demande si après le repas il pourra faire une sieste. Il expose son plan à Roberto : « Dans la chambre je commande de l’eau et d’une demi-heure après on se tire. »

Le repas terminé, Roberto se retrouve seul dans la salle de restaurant. La serveuse vient chercher une bouteille d’eau et s’éclipse. Roberto décide alors de quitter le restaurant. Après avoir demandé à la patronne de dire à son ami qu’il est allé voir des parents se trouvant dans la région, Roberto se rend à la gare routière et s’apprête à prendre un car pour Rome. Il règne une vive agitation dans laquelle Roberto se trouve rapidement mêlé. Bruno le retrouve alors et l’arrache à la mêlée. Ça n’a pas marché avec la serveuse.

Le duo se reforme et prend la route qui mène au village où habitent des parents de Roberto, perdus de vue depuis longtemps. Durant le trajet, Roberto, nostalgique, évoque les figures de l’enfance : l’oncle Michele, son épouse Enrica, la tante Lidia (dont, enfant, il était amoureux). Ils arrivent bientôt au village à grand coups de klaxon. Bruno descend, s’étire et commente : « Revigorante campagne, j’y resterais bien toute ma vie ». Un domestique, Pedalino, vient à leur rencontre. Bruno remarque aussitôt en Pedalino une « tante villageoise ». Roberto est incrédule. L’oncle Michele et la tante Enrica accueillent leurs hôtes improvisés. Bruno conquiert immédiatement la famille de Roberto. Ce dernier renoue avec un rituel de l’enfance : dès qu’il arrivait, il faisait le tour de la maison. Il inspecte les lieux de son enfance. C’est un moment calme. Les souvenirs affluent. Cependant le désenchantement guette. Il retourne dans le séjour où résonnent les éclats de rire et trouve Bruno assis sur l’accoudoir d’un canapé amusant la galerie à ses dépens. Le carillon de la pendule retentit. Bruno se lève et arrête la pendule, chose qui était absolument interdite lorsque Roberto était enfant. Cette fois-ci Bruno reçoit l’approbation de la famille.

Bruno a la capacité de repousser les interdits ou, plus exactement, de les faire disparaître en les ignorant ou en feignant de les ignorer.

Le cousin Alfred, avocat, a rejoint le groupe familial. Il raconte sa réussite sociale et définit par la même occasion les priorités de l’Italien des années 50-60 : la Fiat, puis l’épouse. Roberto, légèrement accablé, écoute le discours satisfait de son cousin. Bruno a disparu. Nous le retrouvons à l’étage s’affairant auprès de tante Lidia : il maquille ses yeux en amande, libère sa longue chevelure, lui arrachant des petits cris de plaisir. Bruno est un être profondément, viscéralement, tactile. La distance qui nous sépare habituellement des êtres et des choses est abolie. Bruno sculpte le monde, défait les distances. Après cet intermède cosmétique, Bruno rejoint Roberto dans le séjour. Le cousin Alfred assomme tout le monde de ses propos emprunts de nostalgie pour le fascisme. Bruno prend une pomme se trouvant dans un compotier, retourne s’asseoir sur le rebord du canapé dans lequel Roberto est tassé d’ennui, félicite ironiquement le cousin Alfred pour sa générosité démocratique. Tout en mangeant la pomme il observe le comportement des uns et des autres et fait une découverte qu’il communique aussitôt à Roberto : le cousin Alfred n’est pas le fils de l’oncle Michele, mais celui du fermier qui se trouve également associé à cette réunion familiale improvisée. Roberto est d’abord incrédule, mais les observations que lui rapporte Bruno le convainquent assez rapidement du bien fondé de cette découverte. Bref, en quelques heures Bruno aura dessillé les yeux de Roberto.

Bruno, toujours en mouvement, s’éloigne à nouveau, aperçoit un piano dans la pièce d’à côté, en joue. Roberto poursuit, en voix off, les réflexions suscitées par les révélations dont il vient d’être le témoin.

Bruno revient dans le séjour et donne le signal du départ. Le tandem reprend la route. La nuit tombe. L’ambiance est mélancolique. Roberto a fait des découvertes sur son enfance : il a découvert que les choses n’étaient pas telles qu’il se les était toujours représentées.

Mais la mélancolie ne dure pas. Bruno aperçoit au loin une fête champêtre. Des villageois se déhanchent au son d’un twist. Le spectacle efface d’un trait la morosité qui semblait gagner les passagers de la voiture. « Twist à la péquenot », commente Bruno. Après s’être amusés quelques instants au spectacle de la sauterie campagnarde, ils repartent. Il fait nuit désormais. Bruno propose à son passager de l’emmener dîner avant de rentrer à Rome. Roberto se laisse à nouveau embarquer. La voiture file dans la nuit, mais est bientôt ralentie par une autre voiture (une Fiat 600). Bruno entreprend de dépasser la Fiat 600 qui ne s’en laisse pas conter. Une sorte de course poursuite s’engage dont Bruno sort vainqueur après un tête-à-queue qui immobilise la Fiat 600, tête-à-queue suivi d’une ultime provocation.

Ils arrivent devant un night-club baptisé Le Cormoran. Bruno se fait expliquer par Roberto ce qu’est un cormoran : « C’est un oiseau ; il plonge et, d’un coup de bec, il prend le poisson ». Bruno est un oiseau qui plonge dans toutes les situations et dont les coups de bec sont soit des mots enjôleurs, soit des mots provocateurs. Au moment de rentrer dans le night-club, Bruno rencontre un homme d’affaires avec lequel il a des démêlés. Roberto lui indique alors qu’il préfère rentrer à Rome. Bruno, au grand désappointement de Roberto, ne retient pas ce dernier. Roberto se rend à pied à la gare mais s’aperçoit rapidement qu’il n’y a plus de train pour Rome. Il rencontre sur le quai de la gare une jeune femme avec laquelle il se lie momentanément, mais qui disparaît bientôt. Il retourne alors au dancing, aperçoit Bruno-le-cormoran en train de danser un twist avec la femme de l’homme d’affaires, s’installe seul à une table. Pendant que l’homme d’affaires parle bruyamment argent avec ses amis attablés, Bruno est de plus en plus entreprenant avec l’épouse complaisante. A ce moment le conducteur et le passager de la Fiat 600 font irruption dans le dancing, remarquent Bruno. Une bagarre s’ensuit. Roberto est toujours spectateur, puis, timidement d’abord, de façon plus décidée ensuite, se jette dans la mêlée. L’échauffourée prend fin rapidement, les pugilistes étant maîtrisés par les autres danseurs. L’homme d’affaire donne à sa troupe le signal du départ. Malgré ses explications, Bruno est éconduit par l’homme d’affaires ainsi que par l’épouse complaisante.

Les deux aventuriers de pacotille (Roberto, s’étant jeté dans la mêlée, a conquis ses galons d’aventurier du dimanche) s’installent à la grande table jonchée de reliefs dont les précédents occupants viennent de partir. Bruno termine goulûment une assiette entamée et commande une bouteille de whisky. Il demande à Roberto de payer la bouteille.

Bruno, ivre, est au volant de la voiture. A ses côtés, Roberto lui prodigue des conseils. La voiture chemine en zigzaguant et frôle un arbre. Commentaire de Bruno : « Arbre, tu l’as échappé belle ! ». Ils s’arrêtent enfin devant un pavillon. Bruno sonne au portail. Une femme au visage sévère vient ouvrir. Bruno présente sa femme à Roberto qui est saisi d’un fou rire. Bruno n’a pas revu sa femme depuis des années. L’équipage continue de boire tandis que la femme dont Bruno est séparé monte à l’étage préparer une chambre. Lorsque sa femme redescend, Bruno demande des nouvelles de la « petite ». Il apprend qu’elle est sortie, ce qu’il n’admet pas : « C’est moi le père, j’ai le droit de… » Sa femme le fixe les bras croisés. Il s’interrompt et demande à prendre un bain. Roberto se retrouve seul avec l’épouse qui lui demande depuis quand ils se connaissent. « On s’est rencontrés ce matin » avoue-t-il. « Vous le connaissez bien. La première impression est la bonne » tranche-t-elle. On entend le klaxon d’une voiture. Bruno, vêtu d’un peignoir, descend de la salle de bain tout en se séchant avec une serviette : « Je vais la recevoir, moi, la petite. Et au gamin aussi, je vais lui dire deux mots ». Il se dirige vers la baie vitrée. La voiture s’arrête. Sa fille, environ 18 ans, ravissante,  et un homme approchant la soixantaine, impeccablement habillé, en descendent. Bruno est décomposé. Le fiancé de sa fille interroge Bruno : « De Rome ? », et poursuit : « J’y vais toujours à contrecœur. C’est triste, humide, inefficace ». Bruno est de plus en plus décomposé. Le fiancé se fait raccompagné par Lili, la fille de Bruno, jusqu’à sa voiture. Le père tourne en rond dans le salon comme un fauve en cage. L’épouse et Roberto sont chacun assis dans un fauteuil. Lili revient, se jette dans un fauteuil et prend un livre. Bruno : « Pourquoi il t’a fait raccompagner par son grand-père ? » Lili : « C’est un homme qui a bossé, qui s’est fait une situation, qui a tout pour rendre une femme heureuse. » Bruno : « Tu serais donc amoureuse de cette ruine ? » Lili : « Je l’estime beaucoup. Je le préfère aux garçons de mon âge. Le monde déborde de “mariages d’amour” ratés ». Et annonce son mariage pour Noël. Bruno : « Il faut encore qu’il y arrive à Noël, avec ses 80 berges ! »

Tout le monde va se coucher. Bruno passe devant la chambre de sa femme, frappe à la porte, rentre et demande : « Je peux, juste un instant ? ». Elle : « Il te manque quoi ? ». Bruno : « J’arrive pas à dormir. Je m’inquiète pour Lili. » Elle, couchée, ne quittant pas son livre des yeux : « Une insomnie tous les trois ans, c’est vraiment supportable. » Bruno marche dans la chambre, éteint une petite lampe, s’assoit sur le lit, pose une main sur le genou de sa femme et interroge maladroitement celle-ci sur la virginité de leur fille. Puis : « Et toi ? Toujours seule ? » Elle le fixe durement. Bruno s’approche pour l’embrasser. Elle le repousse sans ménagement. Il roule par terre, se relève : « J’étais venu pourquoi, au fait ? Ah oui, t’as pas une cigarette ? » et quitte la chambre. On l’entend chantonner dans le couloir. Il retrouve Roberto endormi dans la chambre d’amis, le réveille et lui dit qu’il faut partir, que si on apprenait qu’il avait dormi chez sa femme cela pourrait causer du tort à cette dernière pour l’annulation du mariage.

Ils arpentent la plage. L’aube commence à poindre. Ils prennent chacun un transat, s’y installent. Bruno : « Si j’avais une cigarette… Tu ne fumes pas, tu ne bois pas. Si tu bois tu es vite saoul. Tu sais même pas conduire. Comment tu jouis de la vie ? » Roberto : « Il n’y a pas que ça. Parfois j’essaie d’être autrement, mais je n’y arrive pas. Je me sens coincé. » Bruno : « Et alors ? Tu te décoinces, tu te lances, comme moi ! » Roberto : « C’est pas si facile. Avant de me lancer je regarde où je vais atterrir. » Ils s’endorment sous un « plafond d’étoiles ».

Le jour est levé depuis longtemps. Une nuée d’enfants s’abat sur Bruno réveillé par un ballon qui a rebondi sur lui. « Vous avez pas une clope ? » dit-il instinctivement. La plage est surpeuplée. Les estivants dansent le twist. Roberto, lui, se promène au milieu de la foule et retrouve Bruno animant de sa seule présence un coin de plage. Une fille aux cheveux noirs et portant une tenue marine photographie Bruno en train de faire des acrobaties. Le clown-acrobate rattrape la fille : « Eh Cléopâtre ! c’est moi que vous photographiez ? » La fille le regarde et retirant sa perruque : « C’est moi, ta fille ! » Roberto les rejoint et, pour la énième fois, demande à partir. Bruno suggère de faire une promenade en bateau avant de rentrer. Lili approuve : « Allez, jeune Werther ! »

Sagement assis à l’arrière du yacht appartenant à Bibi (le fiancé de Lili), Roberto essuie les remarques faites à son sujet par une jeune femme : « Il ne dit rien ». On entend Bruno hurler et, chaussé de skis nautiques, dépasser le hors-bord sur lequel se prélasse une jeunesse dorée : « Adieu, ô sédentaires ! »

Roberto ne parle vraiment qu’en voix-off. Bruno, lui, parle tout le temps : il n’a pas de voix off.

Le yacht a jeté l’ancre. Bruno et sa fille sont allongés sur un matelas pneumatique posé sur un rocher. Derrière eux, les autres passagers se baignent. Lili : « Maman dit que tu es né vainqueur ». Bruno bombe le torse. Elle poursuit : « J’ai souvent l’impression d’avancer dans le noir et de marcher au bras d’un homme sans bras. C’est pour ça que j’aimerais une vie sûre. » Son père : « Au fond, ce type, ce Bibi, il est peut-être sans fantaisie mais il est solide, n’est-ce pas ? » Lili approuve, se redresse et plonge.

Roberto attend sur le pont du bateau. Une jeune femme est étendue non loin de lui. Bruno surgit de l’eau avec un masque et un tuba, s’ébroue. La jeune femme s’éloigne. Il s’adresse à Roberto : « Tu draguais ? » Celui-ci : « Tu as vu l’heure ? on part ? » Bruno : « Après le bain. Tu te laisses donc jamais aller ? Tu t’ennuies partout ? Au fait, tu me prêtes du fric pour l’essence ? » Bruno s’éloigne et rencontre Bibi. Il compare les deux situations : « A 36 ans c’est dur de circuler en bus ». Bibi : « Quand on a été honnête… » Bruno : « Les bus sont pleins de gens honnêtes. » Puis, sans prévenir, demande à Bibi de lui prêter 50 000 lires. Rires de ce dernier. Bruno lui donne une petite claque et s’éloigne en chantant.

Retour sur la plage surpeuplée. Roberto, toujours en tenue de ville, n’arrive pas à obtenir un café. Il se lève, s’avance dans une forêt humaine et se rend jusqu’à un endroit plus calme où il peut téléphoner. Il appelle Valéria, sa voisine, à laquelle il n’a pourtant parlé qu’une fois. Valéria n’est pas chez elle. Il retrouve Bruno sur une terrasse faisant une partie de ping-pong avec Bibi, partie arbitrée par Lili. Bruno gagne in extremis la partie et empoche les 50 000 lires qui en constituaient l’enjeu.

Bruno prend une douche sur la plage et, comprenant que Roberto a téléphoné à Valéria, lui propose de la rejoindre sur son lieu de vacances (Viareggio) plutôt que de rentrer à Rome. Roberto : « Il n’y a pas de raisons ». Bruno : « Il y a toujours une raison ».

Ils reprennent la route. Roberto passant son bras dans le dos du conducteur : « Allez, fonce ! » Bruno : « On couche à Viareggio ? » Roberto : « Pas de projets. » Bruno : « Bravo, pas de projets ! » Roberto : « Vas-y, fonce ! » Bruno : « Hourrah ! » Roberto, levant un bras au ciel et agitant une écharpe : « Hourrah ! » Bruno : « Tu vois que tu es décoincé. Qu’est-ce qu’il y a devant ? Allez, doublons ! » Roberto : « Avec toi, j’ai passé les deux plus beaux jours de ma vie. » La voiture poursuit sa course endiablée sur la corniche. Roberto : « Double ! » Le compteur affiche 140. Roberto : « Hourrah ! » Bruno  hurle: « Attention ! » Un camion arrive face à eux alors que la voiture est en train de doubler. Afin d’éviter le camion, Bruno donne un coup de volant en direction de la barrière de sécurité. Il est éjecté du véhicule avant que celui-ci n’aille s’écraser en contrebas de la corniche.

Roberto est resté coincé… dans la voiture.

 

Jean-Luc Jousse

 

 

 

Rédigé par immarcescible

Publié dans #cinéma

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U
Lavoro molto successo<br /> E 'il tuo miglior testo<br /> ci vediamo
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