Le roi de l’évasion, Alain Guiraudie
Publié le 28 Juillet 2009
Guiraudie demande à être connu. Ou plutôt le cinéma en liberté de Guiraudie. Alain Guiraudie filme surréellement le monde paysan, loin du naturalisme pesant du cinéma français.
Armand (Ludovic Berthillot) est commercial. Il vend des machines agricoles, mais est surtout porté sur la bricole homosexuelle. Les deux ne sont d’ailleurs pas incompatibles : le charme d’Armand opère et ses ventes se portent à merveille. Le film nous plonge d’emblée dans une campagne albigeoise quelque peu improbable. La question de la couleur du tracteur dont il doit faire l’acquisition tracasse l’agriculteur-célibataire-qui-vit-seul-avec-sa-mère auquel Armand rend visite. L’agriculteur essaie vainement d’éloigner sa mère qui, elle, a un avis sur la question. Armand ne le presse pas, au contraire. Ce sera l’occasion d’une autre visite (jeudi, par exemple, la mère passe des examens à l’hôpital ou quelque chose comme ça).
Armand est costaud comme une armoire normande mais se fait détrousser par des petites frappes qui l’attendent à la sortie du collège. Il n’est pas obèse pour autant ; son truc à lui c’est « on baise ». Armand ne suit que la vérité complexe de son désir. L’homosexuel campagnard quadragénaire s’amourache d’une collégienne attardée (mais pas retardée) follement éprise de la liberté que génère ce quadra décalé. Le père de l’ado et collègue envieux d’Armand ne l’entend pas de cette oreille. Il porte plainte. Armand et l’ado (Hafsia Hersi) prennent la clef des champs. La police est à leur trousse, hélico, chiens renifleurs, pédérastes locaux, chemises à fleurs. La battue prend des sentiers peu usités, desserre son étreinte au moment même où Armand resserre la sienne. Armand vend certes des mécaniques mais roule des pelles à poil dans la nature.
Le film s’ébat avec bonheur entre fantaisie érotique et déambulation champêtre. On pense à Téchiné – Les roseaux sauvages – (mais un Téchiné qui aurait consommé des « dourougnes », sortes de tubercules aphrodisiaques dont les effets dépassent tout ce qui existe sur le marché), à Renoir – of course –, à Iosseliani – Adieu plancher des vaches, par exemple –, à Rozier, bref à tous ces cinéastes (surtout les deux derniers, car Téchiné tombe évidemment sous le coup de la critique faite au naturalisme) qui lâchent les amarres, se marrent comme les vieux anars qu’ils sont et ne se privent pas d’entraîner le spectateur hors des sentiers battus.
Le film fait aussi sauter (sur ses genoux) tous les tabous liés à l’âge (outre la relation sus mentionnée, le film prête aux vieillards une sexualité débordante, voire priapique), aux statuts sociaux (Armand rêve de coucher avec son patron), aux impératifs de la fiction (le film prend son temps, bâcle parfois son sujet).
Jean-Luc Jousse


