Another year, Mike Leigh

Publié le 22 Janvier 2011

Mary, bimbo entre deux âges, est fort dépourvue quand la bise ne claque plus. Transie par l’hiver, elle trouve un ultime refuge chez Tom et Gerry (55-60 ans), un couple so british qui réalise l’accord conjugal parfait, habitant une maison confortable, assumant un hédonisme tranquille et partageant une passion commune du jardinage. Mary n’est qu’une des figures de ceux, bavards ou hagards, alcooliques ou hystériques, qui, passant à côté de leur vie, sont aimantés par la maison du couple rayonnant (le couple rayonne d’ailleurs tellement que c’en est énervant).

 

Another Year

Joe, le fils sans relief du couple rayonnant ; Mary, la bimbo passablement imbibée ; Gerry, à l'écoute - sûrement par déformation professionnelle

 

Lui est géologue, elle est psychologue, tous les deux prônent, et c’est logique, le dialogue (au sens étymologique du terme). Mary, elle, est une secrétaire (de plus en plus) à terre qui ne sait pas se taire et dont le monologue ne cessera que lorsqu’elle sera confrontée au frère de Tom, muet comme une tombe, qui vient d’enterrer son épouse.

D’une facture classique, épousant le rythme des saisons, Another year se compose de tableaux très maîtrisés. Nous découvrons de nouveaux personnages à chaque nouvelle saison, personnages auxquels Mike Leigh parvient à nous intéresser suffisamment pour que les tableaux ne soient pas seulement des surfaces planes recouvertes de couleurs et de formes animées en un certain ordre assemblées (comme disait à peu près le père Denis). Il n’en reste pas moins que le film n’emporte pleinement l’adhésion du spectateur que dans sa dernière partie. Il atteint alors à une sorte d’épure.

 

Another Year

Ronnie et Mary s'apprivoisent très provisoirement

 

Les couleurs atonales et glaçantes de l’hiver ont remplacé les couleurs automnales éclatantes. Mary débarque à l’improviste, frappe à la porte du couple centripète mais se heurte à une sorte de mur anesthésié en la personne de Ronnie, le frère de Tom. Au cours d’une longue séquence d’apprivoisement du frère mutique, Mary reprendra quelque peu pied dans un réel qu’elle sait désormais dépeuplé, mais, à tout prendre, plus solide que le vide existentiel dont sa logorrhée était précédemment l’expression. Tom et Gerry (le couple onomastiquement cartoonesque), leur fils trentenaire et sa fiancée tellement épanouie (mais par cela même agaçante elle aussi) immédiatement adoptée par les futurs beaux-parents (fils sans relief dont Mary s’était illusoirement amourachée, et fiancée trop bien ficelée – mais non certes au sens vestimentaire du terme – qu’elle avait maladroitement dénigrée lors d’un précédent repas), Ronnie et Mary enfin, tous sont bon gré mal gré – Mary n’étant clairement plus la bienvenue – réunis autour de la table pour le repas dominical. Le plan final relègue progressivement tous les membres de cette famille hors du champ de la caméra pour ne plus laisser apparaître que la détresse enfin éloquente, parce que muette, de Mary.

 

Jean-Luc Jousse

 

Prochainement sur immarcescible.over-blog.fr vous pourrez découvrir les chroniques de deux films actuellement en salles et que nous vous recommandons : Abel du mexicain Diego Luna et Incendies du québécois Denis Villeneuve.

Rédigé par immarcescible

Publié dans #cinéma

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
<br /> Après tout le genêt est une fleur que l'on trouve dans les bois mais aussi plus modestement sur les bords d'autoroute. Elle apparaît d'Avril à Août, et aime se mêler à l'ajonc.<br /> <br /> <br />
Répondre
J
<br /> Peut-être troublé par ce qui se dit de Genet en ce moment, j'ai commis une faute grammaticale dans mon précédent commentaire dont jamais sans doute je ne me remettrai...<br /> <br /> <br />
Répondre
J
<br /> Merci pour le "gage de confiance" même si cela n'engage que celui ou celle qui a posté ce commentaire. Mais j'y pense, je n'est toujours pas fait connaître mes gages...<br /> Merci également à Fleur des bois de signaler aux quelques lecteurs de ce blog l'expo Basquiat à Paris (il n'y a pas que Monet, ce phare de l'impressionnisme, l'aîné des nues à fleur d'eau, dans le<br /> paysage des expos parisiennes) que pour ma part je n'aurai pas l'occasion de visiter. Par ailleurs "Somewhere" ne constitue pas une priorité (Sofia c'est bien, mais c'est tellement rien...)<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> Bonjour,<br /> Je ne suis pas d'accord avec Fleur des Bois. Je trouve bien d'annoncer les prochains films. JLJ est un gage de confiance.<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> Relativement d'accord avec l'analyse proposée. J'ajouterai toutefois, que la belle fille est plus qu'agaçante, elle est insupportable. Elle mérite deux baffes. C'est un montre d'égoïsme. Ronnie est<br /> vraiment touchant.<br /> Par ailleurs, quel dommage de dévoiler les prochains sujets. Le mystère est brisé. Ce n'est pourtant pas un site publicitaire. Dans ce cas, sommes-nous en droit de réclamer des critiques, par<br /> exemple sur le dernier sofia "somewhere".<br /> Par conséquent,j'en profite également pour inciter ceux qui se rendront sur Paris prochainement, à se rendre au Musée des Arts Moderne. Superbe expo de Jean Michel BASQUIAT jusqu'au 30/01, rage,<br /> couleur, douceur... et faites un petit détour par le musée des Arts déco, expo très intéressante sur l'histoire de la Mode contemporaine. A bientôt.<br /> <br /> <br />
Répondre