La Famille Wolberg, Axelle Ropert

Publié le 17 Décembre 2009

Dans les démocraties modernes où les relations sociales sont globalement pacifiées, la famille est l’ultime champ de bataille où des guerres de tranchées, des blocus économiques, des ponts aériens, des explosions de folie dessinent plus souvent qu’on ne le dit un paysage apocalyptique… C’est aussi le lieu de toutes les mêlées fusionnelles, de toutes les transgressions, de toutes les tyrannies (bon, je vous accorde que je charge un peu la barque).

La Famille Wolberg s’inscrit dans le prolongement de toute une série de films issus ces dernières années du cinéma indépendant (européen ou américain), films qui soulèvent le couvercle névrotique de la famille. Films jubilatoires et/ou inquiétants : Liberté-Oléron de Bruno Podalydès, Festen de Thomas Vinterberg, Little Miss Sunshine de Jonathan Drayton et Valérie Faris, Home d’Ursula Meier, Nue Propriété de Joachim Lafosse, pour n’en citer que quelques uns.

On pouvait donc attendre du premier long-métrage d’Axelle Ropert une plongée en apnée dans les arcanes d’une famille bourgeoise béarnaise, famille à la fois totalement ramassée sur elle-même et socialement rayonnante.


La Famille Wolberg

Simon Wolberg est un père possessif et un maire intrusif dont l’obsession est de maintenir coûte que coûte la cellule familiale, la sienne mais aussi celles de ses administrés. Il s’invite chez les uns et chez les autres, rédige à la place de l’un la lettre dont il pense qu’elle ramènera dans le giron familial l’épouse en instance de divorce, admoneste l’autre qui vit seul dans sa grande maison d’architecte et dont la chambre, petite, témoignerait d’une « vie mesquine ».

Pour ce père castrateur et pour ce maire pour le moins inquisiteur l’ennemi absolu du genre humain c’est l’homme seul, divorcé ou célibataire. Célibataire surtout. Le célibataire est non seulement tourné vers lui-même, son travail et ses livres, et par conséquent nocif socialement (peu enclin à la consommation festive de rigueur sous nos latitudes), il est surtout dangereux pour l’équilibre des familles : c’est un prédateur sexuel en puissance ou un oncle bohême qui n’est pas du bon côté de la vie et qu’il faut éloigner au plus tôt s’il lui prend l’envie de taper l’incruste à l’occasion, par exemple, de l’anniversaire de sa nièce (Delphine, qui, le jour de ses dix-huit ans, lance, en la personne de son petit ami, un missile dans le jeu de quille familial et annonce qu’elle se taille à Lille, elle la fille sans faille que le père affole).


La Famille Wolberg

Même si chaque membre de cette famille est doté d’une existence singulière, le personnage de Simon Wolberg, juif ashkénaze, focalise l’attention du spectateur. Excentrique, souvent transgressif et paradoxal, Simon ne gère les affaires publiques que sur le mode de l’intrusion dans la sphère privée. Il prône la transparence familiale mais cache à tous le cancer qui le détruit. C’est un père aimant qui n’a gardé de la religion juive que la culture de l’interdit (et de la culture juive que la religion des blagues tournées contre soi-même : que fait un oiseau quand il survole Auschwitz ? il fait  "cuit-cuit").

Malheureusement, le film recule tellement devant ses propres audaces et dégraisse tellement la trame du scénario que le drame manque de ressort et enchaîne même les poncifs dans sa dernière partie.

 

Jean-Luc Jousse

Rédigé par immarcescible

Publié dans #cinéma

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