Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 14:53

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JLJ

 

 

 

 

Par immarcescible
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Publié dans : cinéma
Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 21:39

Un arbre élève ses branches nues et gelées jusqu’à la hauteur d’un appartement dont les larges baies vitrées accueillent la lumière matinale. A l’intérieur de cet appartement, véritable invitation au pillage, tout est design, calme et propreté. Une succession de plans fixes, esthétiquement irréprochables, nous fait découvrir les lieux et, séparément, ses occupants, un couple d’un certain âge. Elena, corps massif et énergique, se lève la première et se plante devant un miroir qui offre de son visage plusieurs profils. Elle se dirige ensuite vers la chambre où dort son époux, et donne au corps sec et sportif de celui-ci la secousse qui l’arrache de son lit.

Elena, ancienne infirmière, est mariée depuis deux ans à Vladimir, 60-65 ans, à la fois nouveau riche et maître à l’ancienne. Les rôles sont d’emblée bien définis. Vladimir possède l’argent et la culture (les moyens de la domination) ; Elena ne possède que l’affection et le dévouement (les conditions de la soumission).

 

Couple recomposé, ils ont eu des enfants séparément. Cette descendance, dont la situation les accuse, semble être la seule cause de trouble entre les époux. Vladimir a une fille jouisseuse et nihiliste, Katia, qui a plus ou moins rompu les ponts avec son père. De son côté, Elena a un fils immature et désœuvré, Sergueï, père de deux enfants auxquels il est incapable de donner la moindre éducation. La famille de Sergueï occupe un logement exigu dans une cité délabrée. Elena se rend régulièrement chez son fils, au prix d’interminables trajets urbains. On l’aura compris, cette femme toujours en mouvement se partage entre deux univers sociaux qui dérivent loin l’un de l’autre tout en se refermant chacun sur leur propre immobilisme.

 

Elena : photo Andrei Zviaguintsev
 

Sacha, l’aîné des petits-enfants d’Elena, n’a, semble-t-il, d’autre choix que l’armée (c’est-à dire la guerre en Ossétie) ou la délinquance (voire la criminalité). La corruption régnante en Russie lui permettrait cependant de s’inscrire à l’université. Il faudrait pour cela réunir une somme d’argent considérable. Elena presse Vladimir de faire un geste pour arracher son petit-fils au sombre destin qu’il se prépare. Mais Vladimir est inflexible : la famille d’Elena ne lui est de rien. Pourquoi volerait-il à son secours ? De plus, Sergueï et Sacha sont totalement passifs, n’assumant aucune responsabilité... Elena ne peut pas, selon ses propos, « lui donner tout à fait tort ». Elle ne peut pas non plus ne pas agir. Les circonstances vont lui en offrir l’opportunité… Si l’on considère, avec Conrad, que « toute action est forcément nuisible » ou encore que « toute action est diabolique », l’on comprendra mieux la noirceur qui baigne la fin du film.

Dans Elena, Andreï Zviaguintsev porte un regard glaçant sur l’abolition des barrières morales dans un contexte de renforcement des barrières sociales que l’absence désormais admise de justifications symboliques (religieuses ou politiques) livre au seul pouvoir de l’argent.

 

Jean-Luc Jousse

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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 01:17

Septembre 2010 (8)

 

 

Septembre 2010 (3)

 

 

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En 2012, c’est promis,

Immarcescible descend de son nuage,

Et s’adresse enfin aux vrais gens :

Les gens parés ou désemparés,

Affamés ou repus,

Normaux ou déviants,

Sectaires ou terre à terre,

Joyeux d’être tristes ou tristement joyeux.

Bref, les gens si vils soient-ils,

Civilisés c’est mieux,

Quoique trop…

 

JLJ

 

Par immarcescible
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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 18:19

Ça commence comme un western, avec des Peaux-rouges cernés par des gardes suisses et qui communiquent avec le monde extérieur au moyen de signaux de fumée. Ces « Peaux-rouges » sont en réalité des cardinaux réunis en conclave afin d’élire un énième successeur à Saint-Pierre. Ils prient, ces cardinaux, et chacun d’en appeler à la miséricorde divine : « Non ! pas moi, Seigneur ! », ou, pour parler comme Herman Melville dans Bartleby le scribe : « I would prefer not to » (je préférerais ne pas… être élu Pape). Mais c’est pourtant peut-être le plus Bartleby d’entre eux qui est finalement élu. Curieusement, il s’appelle Melville et est interprété par Michel Piccoli (qu’un autre cinéaste Italien avait déjà enfermé dans une citadelle eucharistique ; le film s’appelait La grande bouffe et, ne le dissimulons pas, était moins au goût de l’Eglise). Cette élection (pour ne pas dire électrocution divine) jette aussitôt Melville dans la dépression. Lui qui a gravi toutes les marches du pouvoir au sein de la hiérarchie ecclésiastique, bute sur la dernière (un peu haute, sûrement). Il se dit atteint d’une « sinusite psychique », expression peu usitée pour désigner la dépression nerveuse, mais particulièrement évocatrice.

 

Habemus Papam

 

On fait venir le meilleur psychanalyste de Rome, même si l’Eglise, comme le rappelle l’un des cardinaux, tient la notion d’inconscient pour incompatible avec celle d’âme. Le psychanalyste (interprété par Nanni Moretti lui-même) diagnostique un « syndrome narcissique ». Les cardinaux s’offusquent : cachez ce syndrome que nous ne saurions voir ! Le praticien doit bientôt reconnaître que les conditions ne sont pas réunies pour prendre en consultation le Pape. Et voilà le psychanalyste enfermé à son tour dans la citadelle vaticane, privé de portable, suspendu à la résolution de la crise de nerf papale. Bref, otage des robes rouges cardinalices. Il découvre alors que la dépression guette le Sacré Collège dans son ensemble. Tous ces cardinaux sont de pieux consommateurs d’anxiolytiques et de somnifères. Le psychanalyste leur apprend à classer les drogues : d’un côté les benzodiazépines et de l’autre les barbituriques (on se souvient que dans Journal intime Moretti vidait sa pharmacie personnelle particulièrement encombrée et finissait par jeter tous ses médicaments à la poubelle). Il décide alors d’organiser un tournoi de Volley (une sorte de coupe du monde des cardinaux – vaste thérapie de groupe – dont cependant, à son dépit, la finale lui sera refusée). On connaît l’obsession sportive et compétitrice de Moretti (cf. le water-polo dans Palombella rossa, la plongée sous-marine et le footing dans La chambre du fils). De la thérapie par le sport ou l’étourdissement du corps (cf. les manèges forains dans La chambre du fils)…

 

Habemus Papam

 

Et Melville ? Il s’est fait la malle et fréquente incognito les théâtres romains, touchant du doigt son rêve de toujours : jouer Tchekhov. Il se mêle aussi à la cohorte des fidèles, place Saint-Pierre, ou bien rencontre l’ex-épouse du psychanalyste auprès de laquelle il se dit acteur. Bientôt, le démon du théâtre s’empare de lui corps et âme. Il peut désormais rejoindre la citadelle papale et, franchissant le rideau qui le séparait de la foule des fidèles et des caméras du monde entier, accomplir un véritable coup de théâtre…

 

JLJ

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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 21:24

Bruno Dumont (la vie de Jésus, Hadewijch, etc.) continue d’escalader le ciel en arpentant le bout de terre qui le vit naître. Soit un paysage de dunes dans ce bout du Pas-de-Calais et, au milieu, dans la lumière du jour ou dans celle d’un feu de camp, un errant mystique, un Christ sans religion, un peintre sans pinceau, un orateur muet, un écrivain qui a jeté l’encre…

 

 

Hors Satan

 

L’errant tue ou guérit, indifféremment, ou presque… Une adolescente, aimantée, aime la santé ténébreuse de l’hôte des dunes calaisiennes. Elle lui rend visite chaque jour, le nourrit aussi. Pour toute assiette, l’ascète se contente de pain. De peu.

Bruno Dumont nous administre son sérum nietzschéen et réveille en nous le surhomme qui dormait. Il jette par-dessus bord tout l’appareil de la psychologie, le bien, le mal et la morale. Ne restent que la toile, le bruit du vent et les réminiscences cinématographiques (Dreyer, Bergman) ou philosophiques (Kierkegaard) scandinaves.

Dumont est hanté par la transcendance à sec (sans les saintes huiles). Ça plane pour lui, en témoigne ces plans de rapaces apocalyptiques qui ponctuent le film.

Alors, évidemment, Hors Satan n’est pas un film plan-plan, c’est un film de broussailles dans lesquelles le feu mystique se propage à la moindre étincelle narrative…



Hors Satan

 

Les plans, parlons-en ! Ils sont très composés et souvent admirables. Peu de plans moyens, dans Hors Satan. Mais des plans très larges ou des gros plans. Le plan moyen qui sévit si souvent dans le cinéma français (le médiocrissime Skylab en regorge, par exemple), c’est bien sûr un plan dans lequel se tartine à loisir le cinéma psychologique ou sociologique (des familles).

 

Rantanplan

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